Ce numéro de Possibles explore les formes contemporaines de l’extrême droite comme phénomène social, idéologique et discursif désormais structurant des débats publics au Québec et au-delà. Il s’intéresse à la circulation transnationale des idées, aux stratégies d’action et aux mécanismes de légitimation qui traversent les espaces médiatiques, politiques et culturels. Loin d’être marginaux, ces processus s’inscrivent dans la durée et reconfigurent en profondeur les rapports de pouvoir comme notre capacité à imaginer un avenir démocratique.
Les contributions réunies montrent comment des réseaux intellectuels et militants puisent dans des héritages anciens tout en investissant les dispositifs de communication les plus contemporains pour renouveler leurs répertoires et accroître leur visibilité. Des influences françaises dans les milieux canadiens-anglais aux convergences transatlantiques, des répertoires d’action de l’ultra-droite québécoise aux zones grises de la médiatisation, le dossier met en lumière la plasticité et les recompositions permanentes de ces courants. Plusieurs textes interrogent le rôle des médias dans la banalisation des discours radicaux; d’autres soulignent la centralité des enjeux de genre, les usages politiques du patrimoine ou encore la vitalité des traditions antifascistes.
Pris ensemble, ces travaux invitent à voir dans l’extrême droite non pas une survivance, mais une force capable d’apprentissage, d’adaptation et d’initiative. Si elle progresse, c’est aussi parce qu’elle ajuste ses langages, choisit ses terrains et sait rendre ses propositions audibles. Notre présent n’est donc pas seulement traversé par une poussée vers le radical: il est marqué par une extrême droite devenue, au sens plein du terme, extrêmement adroite.