Vol. 43 No 2 (2019): Décolonialité(s) : dialogues théoriques et expérimentations
Décolonialité(s) : dialogues théoriques et expérimentations

À la suite du rapport de la Commission Viens présenté en octobre 2019 et portant sur les relations entre Autochtones et certains services publics au Québec, le premier ministre François Legault a offert au nom de l’État québécois ses excuses aux Premières Nations et aux Inuits du Québec. Il en a résulté 142 recommandations visant à favoriser une égalité des chances entre tous les citoyens québécois. Ce rapport historique a réjoui plusieurs associations, syndicats et groupes autochtones, notamment l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL). Ces excuses sont certes les bienvenues, mais certains dénoncent le manque d’action de la part du gouvernement. Plus généralement, on met de l’avant les restes coloniaux et racistes qui s’insèrent dans les relations entre l’État québécois et les Autochtones. Ces relents se manifestent dans tous les domaines, autant dans la santé, dans l’éducation, la langue ou encore la sécurité. On pense notamment aux disparitions et aux assassinats des femmes autochtones qui offrent une démonstration de plus de la violence coloniale structurelle qui subsiste ici.

Ce numéro s’inscrit dans la reconnaissance que nous vivons dans un pays encore marqué par le colonialisme. En effet, les pratiques décoloniales abordées dans les pages suivantes nous apparaissent comme étant de plus en plus nécessaires ; une décolonialité s’adressant à de multiples catégories : genre, race, classe sociale, sexe, sexualité, savoir, ethnicité, jusqu’à la question de la citoyenneté elle-même. La question de la décolonialité reste une question à la fois sensible et encore largement marginalisée malgré différentes manifestations et initiatives militantes. C’est aussi le cas dans le champ scientifique, et la création de ce numéro a été accompagnée de nombreuses difficultés. Parmi celles-ci, les plus notables ont été le manque d’auteurs s’intéressant à ce sujet et, conséquemment, le manque de disponibilité des personnes travaillant sur ces thématiques et qui sont sur sollicitées. À cela s’est conjuguée la difficulté d’avoir des articles portant spécifiquement sur des pratiques décoloniales. Enfin, nous avons voulu favoriser, dans la mesure du possible, une diversité de voix et ne pas nous cantonner aux seules voix dominantes qui ont déjà accès à une parole publique. L’ensemble des difficultés que nous avons rencontrées démontre que la décolonialité reste une question qui mérite d’être approfondie. Les articles qui suivent proposent des réflexions portant sur la décolonialité sous ses diverses formes théoriques et pratiques.

 
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