Faire face ensemble à la meute de loups
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Comment citer

Mollen Dupuis, M. et Canet, R. (2022). Faire face ensemble à la meute de loups: Entrevue avec Mélissa Mollen Dupuis. Revue Possibles, (Hors-Série), 82-87. https://revuepossibles.ojs.umontreal.ca/index.php/revuepossibles/article/view/490

Résumé

Mélissa Mollen Dupuis est une figure reconnue de la lutte autochtone au Québec. D'origine innue, elle a grandi à Mingan (Ekuanitshit) sur la Côte-Nord. Réalisatrice, animatrice de radio et militante pour les droits des Autochtones, elle est la co-initiatrice, avec Widia Larivière, de la section québécoise du mouvement Idle No More (2012). Elles deviendront toutes deux les porte-paroles de ce mouvement au Québec. Elle est responsable de la campagne Forêts pour la fondation David Suzuki et anime l'émission « Kuei! Kwe! » sur Radio-Canada Première depuis 2021. L’entrevue a été réalisée par Raphaël Canet. 

 

RC. Est-ce que tu te considères comme une personne victime de discriminations, et si oui, sous quelles formes se manifestent-elles ?

MMD. Je fais partie d’un groupe qui est discriminé depuis la création du Canada. Mais j’ai des privilèges inhérents du fait que, comme on dit, je suis « white passing », j’ai l’air d’une Québécoise et ça fait que les gens m’écœurent moins. Mais je n’ai pas été élevée dans un milieu uniquement blanc. J’ai été élevée dans un milieu innu et j’ai vu la discrimination. Quand tu vois comment certaines personnes font subir de la discrimination aux membres de ta famille ou à des gens de ta communauté, tu ne la vis pas directement, mais tu vis les attaques, les idées préconçues, le fait que les gens nous ont ignorés pendant si longtemps. Je n’ai pas vécu personnellement d’évènements du type « on me spot dans la rue direct et on me crache du venin », mais j’ai été présente quand ça se faisait pour des Innus.  

Aussi, en recherche d’emploi, juste porter mon CV, du fait que j’ai un nom innu et que je n’ai que des expériences de travail dans les communautés, je me suis fait dire : « ça ne sert à rien, ils n’emploieront jamais une Innu ». Et c’est vrai, je n’ai jamais eu de job en dehors de ma communauté quand j’étais étudiante.  

Donc, je le sais, je l’ai vécu, pas de la même manière que quelqu’un de clairement racisé peut le vivre, mais ça m’a vraiment sensibilisée aux discriminations, d’être Woke, justement, allumée sur les enjeux qui nous touchent ainsi que les autres communautés autour de nous. C’est un réveil. C’est le siècle des lumières ! 

RC. Donc toi, personnellement, tu ne considères pas avoir été victime de discrimination fondée sur des critères disons « racisants » ?

MMD. Pas directement. On nous spot et il y a une énergie qui change dans une pièce, mais quand tu as l’air « white passing », tu le vois, tu fais partie du groupe. Mais tu vois aussi comment l’autre groupe est traité, tu sais c’est à cause de quoi, ce n’est pas mystérieux. Ma mère est très racisée, elle a l’air d’une Innue, et on voit bien la différence.

RC. Est-ce que tu te considères discriminée sur la base d’autres identités ?

MMD. Oui, par rapport à la diversité corporelle aussi. J’ai toujours été une femme de taille forte, et ça fait une grosse différence dans les interactions que tu as avec des hommes ou avec des femmes qui ne font pas partie de ce groupe et ne vivent pas cette réalité. Mais il y avait quand même une différence marquée du fait d’être une femme grosse quand j’étais en interaction avec des Blancs par rapport aux Innus. Ça m’a enseigné très jeune qu’il y a une problématique de discrimination qui existe au Québec dans certaines communautés dominantes. Je ne dis pas que c’est généralisé, cependant, c’est une expérience qui a été vécue de façon répétitive. J’essaie de ne jamais généraliser à l’ensemble des Québécois blancs, on doit filtrer au travers, mais c’est difficile car c’est une réalité que nous vivons depuis qu’on est nés. 

RC. Te sens-tu aussi discriminée en tant que femme ? 

MMD. Ça, c’est une autre réalité. J’ai eu la chance d’être une femme qui a grandi dans un milieu innu, donc je n’ai pas hérité de la même perspective sur l’identité des femmes. En revanche, j’ai acquis la perspective d’être une femme autochtone au Canada avec 15 % de plus de risque que n’importe quelle autre femme d’être victime d’une agression sexuelle, d’une agression violente ou d’en mourir, donc, c’est certain que cette statistique-là était réelle dans mon milieu. Mais le fait d’être une femme, je n’ai jamais été élevée avec l’idée que c’était de moindre valeur. J’ai vu que nous avions des difficultés, mais j’ai été élevée avec l’idée que nous étions très fortes. Si nous sommes encore là aujourd’hui, c’est que nous sommes faites avec du matériel solide ! 

Dans ma culture, les femmes étaient très présentes. C’est un système patrilinéaire chez les Innus, mais la présence de ma grand-mère, ma mère, mes tantes, c’étaient toutes des femmes que je trouvais vraiment fortes, qui étaient très présentes dans la communauté, qui étaient très en action. Alors pour moi, l’identité d’être une femme c’était une identité d’action, d’être en protection de sa communauté.  

RC. Donc, l’identité femme chez les Innus n’était pas vécue de manière aussi discriminante que l’identité de femme autochtone au Canada. Ça dépend de l’environnement dans lequel tu es ?

MMD. On dirait que la discrimination contre les Autochtones était tellement forte que la discrimination que je voyais par rapport à mon rôle de femme est passée en second. Tu réagis aux discriminations réelles, vivantes et physiques. Quand tu es occupée sur un front, tu n’as pas le temps de t’occuper d’un autre front. Les gens voient enfin la quantité de fronts sur lesquels nous nous battons en tant que personnes autochtones. Si tu rajoutes les fronts féminins, la diversité corporelle… à un moment donné, tu finis par choisir ta guerre.  

Mais la diversité corporelle à un moment je suis venue à pouvoir en faire abstraction, parce que pour l’instant, il n’y a pas de loi qui t’empêche de faire des choses ou qui dit que tu dois exister autrement parce que tu es grosse. Mais pour l’identité racisée ou l’identité sexuée, tu peux voir des discriminations légales. Donc ça, c’est un tout autre concept. Pour l’instant, c’est surtout sur ces deux questions-là que je me concentre. Et quand je parle d’identité sexuée, je parle aussi pour la communauté trans, les personnes qui sont two spirits, en solidarité aussi avec l’identité des femmes, il y a un travail de support qui doit aussi être fait.  

RC. C’est plutôt la discrimination institutionnelle qui t’intéresse ?

MMD. Je ne pourrai jamais empêcher quelqu’un d’être raciste ou d’être plein de préjugés, mais par contre, je peux m’en protéger. Et si les lois et la société ne sont pas intervenues pour rendre illégal le fait de se promener avec des croix gammées, c’est là-dessus qu’il faut que je travaille en premier. On ne peut pas entrer dans la tête des gens, mais on peut éduquer ceux qui ne savent pas, ceux qui ont participé ou qui font partie d’un système dont ils ignorent les impacts. Ce sont ces personnes-là que j’essaye le plus de toucher. Ceux qui sont convaincus que nous sommes inférieurs, que nous ne valons pas grand-chose, que nous avons perdu la guerre (qu’on n’a pas perdue d’ailleurs), je ne peux rien faire contre eux. La récente polémique autour des vaccins est le meilleur exemple de la difficulté à convaincre certaines personnes. Les racistes convaincus, je ne peux pas travailler sur eux, mais je peux me protéger d’eux, comme une femme peut se protéger contre un abuseur. 

Par contre, le système est présentement totalement déséquilibré et quand nous parlons de racisme systémique et que le premier ministre dit qu’il n’y en a pas, c’est là-dessus que j’ai vraiment un pouvoir de transformer quelque chose en tant que membre de la société. Il y a quelque chose qu’on peut travailler à partir de ce genre de déclaration. Il y a tellement de gens qui se réveillent par rapport à ces réalités-là aujourd’hui, mais qui continuent à avoir des opinions contradictoires. C’est sûr, la problématique a été ignorée pendant des décennies.  

RC. Justement, que penses-tu de la mouvance Woke et comment peut-elle aider à lutter contre ce racisme systémique ?

MMD. Ce que j’aime dans une mouvance, c’est que ce n’est pas comme une philosophie ou un parti politique. La mouvance Woke c’est comme un raz-de-marée, une vague, tu ne peux pas l’empêcher. Elle emporte tout. C’est certain que les gens ne peuvent pas donner une définition claire de ce qu’est la mouvance Woke, de comment ça se manifeste dans les institutions, sur la place publique, dans les médias sociaux. Ce qu’on appelle le wokisme, c’est-à-dire d’être plus réveillé à l’égard des discriminations que le voisin, ça rassemble beaucoup de choses. Il y a les personnes qui embarquent sur la vague parce qu’elles ne veulent pas faire partie de l’autre groupe, mais qui ne sont pas bien informées sur les enjeux. Il y a des gens qui sont déjà impliqués dans les luttes raciales ou dans les luttes envers d’autres formes de discrimination et qui ne font que renommer une réalité existante.  

La mouvance Woke peut aider à transformer l’esprit des gens, les mentalités. Un peu comme Idle No More à l’époque. On est arrivés en 2012 comme une vague et, à un moment donné, la vague retourne à l’océan et une autre vague vient. On le voit à chaque mouvance. Pour moi, ça a commencé avec la crise d’Oka, ça m’a réveillée, et c’est retourné dans l’océan. Ensuite, il y a eu la vague Occupy, puis les Carrés rouges, puis Idle No More. Et ça a continué avec La planète s’invite au Parlement et les Friday for Future, Mères au front et ça va toujours continuer. Actuellement nous avons la vague Woke, c’est le mouvement d’une société qui dit qu’il y a un problème et qu’on doit changer quelque chose, une société qui se réveille. L’ambition qu’il y a derrière la mouvance Woke, c’est de vouloir régler les problèmes jusqu’à l’extrême. Et cela fait paniquer des gens. On observe des réactions similaires à celles durant la mouvance pour les droits civiques aux États-Unis : « Qu’est-ce qui se passe ? Les gens vont maintenant venir s’asseoir avec nous dans l’autobus ? Ils vont manger dans nos restaurants ? » Aujourd’hui, on ne se poserait plus vraiment ce genre de question. Alors je me dis qu’avec la force de la mouvance qu’on voit aujourd’hui, peut-être que dans cinquante ans, les gens ne se poseront même plus la question de la reconnaissance des discriminations actuelles. Toutes ces mouvances ouvrent des discussions sur les droits humains et leur pleine réalisation. Je ne veux pas dire que tout ce qui véhiculé par ces mouvances est bon. Il y a des excès de zèle. Ce que je dis en revanche, c’est que la vague, l’action de voir qu’il y a un problème dans nos sociétés et de vouloir y réagir, elle est bénéfique.  

Ce qui manque actuellement dans la conversation Woke, c’est un sentiment de communauté. Parce qu’avant, une mouvance sociale venait changer une communauté, alors que présentement à cause des médias sociaux, les gens se replient dans des groupes virtuels, en ligne, et en viennent à se détacher des gens avec lesquels ils vivent au quotidien et à s’opposer aux autres groupes qui ne pensent pas comme eux. Il n’y a plus de conversation possible. Or, ce que je vois dans cette vague-là, c’est que tout le monde y gagne. Ceux qui pensent qu’ils vont perdent, c’est qu’ils ne sont pas dans l’idée de la communauté mais plutôt centrés sur eux-mêmes en tant qu’individu. C’est peut-être une question de profits ou de pouvoir personnel et c’est cela qu’ils craignent de perdre et désirent conserver. Cette réaction est perceptible dans le discours disant qu’on va « effacer les Blancs ». C’est absurde, si tu penses qu’en faisant apparaitre quelqu’un, tu vas disparaitre, ça nous renseigne plus sur l’estime de toi que sur le danger que je représente !  

Il peut aussi y avoir une ambiguïté sur le terme. Pour beaucoup de personnes qui ont eu une éducation très eurocentrée, l’idée d’être réveillé renvoyait au Siècle des Lumières, avoir accès aux connaissances pour faire partie d’une classe sociale supérieure et améliorer son sort. Aujourd’hui, on n’a jamais eu autant accès aux connaissances, on a Google au bout des doigts, on a tous les moyens de s’illuminer dans cette perspective-là. Moi, quand je parle de Woke, c’est dans une autre perspective. Ce n’est pas d’être allumé par de nouvelles connaissances, mais plutôt d’être réveillé face aux dangers. Comme dans toutes les villes aux États-Unis où, quand tu es une personne afro-américaine, tu ne t’arrêtes pas, tu restes Woke, tu restes réveillée, tu gardes l’œil ouvert sur le danger, tu es tout le temps sur tes gardes. Nos perspectives sur le même mot sont différentes à cause de nos identités, à cause du racisme.  

Je dis souvent qu’être Woke, ça veut dire faire attention quand on voit un homme qui nous approche. C’est comme lever le « red flag », ça veut dire être réveillée, alerte, voir venir le danger. La différence, c’est que maintenant, plutôt que de vivre cette crainte uniquement de manière individuelle et de se protéger soi-même, on a décidé de se coaliser en tant que groupes de femmes, en tant que groupes de femmes autochtones, en tant qu’hommes autochtones, qu’hommes noirs, que femmes noires et de repérer les « red flags » en groupe. Dans les sociétés, le danger n’est pas tant au niveau des individus, le grand méchant loup, mais plutôt au niveau collectif, quand il y a une meute de loups. Les gens n’aiment pas savoir qu’ils sont la meute de quelqu’un d’autre, ça les choque. Ils disent « moi, je n’ai jamais fait ça. Je n’ai jamais attaqué une femme, etc. », mais étaient-ils là quand elle avait besoin d’eux ? Étaient-ils là quand ce danger a été nommé ? Si vous ne voyez pas ça, il y a une forme d’aveuglement volontaire. C’est toute l’histoire de Joyce Echaquan qui ressort. Ça n’a pas été inventé, ça n’a pas été fait en cachette, ça s’est passé dans un hôpital, mais ça se passe aussi dans des postes de police, dans des écoles, dans des institutions, et vous découvrez à peine aujourd’hui que ça a eu lieu. 

C’est ça, être Woke, c’est de se réveiller face à une situation injuste qui existait et se poursuit, c’est se réveiller face à un danger, que peut-être tu as eu le privilège de ne pas vivre au même niveau et c’est aussi de montrer que, justement, ces dangers ne sont pas également répartis. Tranquillement, les gens s’en rendent compte et même ceux qui n’étaient pas intéressés par le sujet ou qui étaient dans le déni.  

Remarquez l’absence des personnes autochtones dans les médias, dans les institutions d’éducation. La faible représentation des femmes dans le milieu scientifique. On a des scientifiques hommes parce qu’il manque de scientifiques femmes, pourquoi ? Parce que ça fait moins de 50 ans que les femmes ont le droit d’accéder à ces rôles-là, à ces études-là, à être médecin par exemple. Toutes ces perspectives, on peut ne pas les connaître ni en avoir conscience, mais une fois qu’elles s’expriment, il faut savoir écouter et apprendre. Écouter la perspective de l’autre et si cela devient agaçant parce qu’on a l’impression qu’on en a déjà assez parlé, alors il faut se dire qu’on vient d’ouvrir la boîte de Pandore et que la garder fermée, c’est encore pire parce que ça la fait grandir. Il y a tout cela qui me dérange dans la conversation actuelle sur le wokisme. Plutôt que d’en parler ouvertement, on nous accuse d’être des Woke. Alors, les gens, qu’est-ce qu’ils font ? Ils ne parlent pas du sujet de fond, ils parlent du mot Woke, ils parlent de ce que c’est que d’être Woke. C’est le nouveau mot à la mode. 

Le mot « Woke » est en train d’être armé parce qu’ils ne peuvent plus utiliser les mots classiques et qu’ils doivent être créatifs pour se distinguer et rejeter l’idée de l’autre. Et que le premier ministre le fasse, ce n’est pas rien. Les Woke qu’il critique, ce sont des membres de la société pour laquelle il s’est engagé à être le premier ministre. Si tu commences à créer des classes à part et que tu ne penses qu’il n’y a pas de racisme systémique, il y a un réel problème. Je dis tout le temps : qui est-ce qui profite de quoi ?  

RC. Comment vois-tu la suite des choses, es-tu optimiste ou pessimiste face à l’avenir ?

MMD. C’est certain que si je ne regardais que ceux qui sont obstinés, ceux qui polémiquent, ceux pour qui c’est le pain et le beurre quotidien, je serais déprimée. Parce que c’est triste qu’ils aient accès à toute cette tribune médiatique pour s’en servir comme ça. Comment pouvez-vous avoir une tribune d’une telle envergure et ne pas vouloir améliorer la vie des gens ? Ça, c’est vraiment déprimant. Mais quand je tourne le regard vers les citoyens, ça change tout. Quand je regarde les jeunes, je suis aux anges. Quand je pense que mes enfants n’auront pas à vivre dans le même genre de société que celle dans laquelle j’ai vécu quand j’étais jeune, et dans laquelle ma mère a vécu quand elle était jeune et dans laquelle ma grand-mère a vécu… je vois la transformation.  

Quand il y a dix ans, nous avons lancé Idle No More, nous demandions aux gens s’ils connaissaient les onze nations avec lesquelles ils partageaient le territoire. C’est la question de base, vous connaissez les douze mois de l’année, vous pouvez bien apprendre le nom de onze nations autochtones qui vivent au Québec. Et pourtant, ce n’était vraiment pas évident. Aujourd’hui, je vois des jeunes qui arrivent dans les manifs et dans mes rencontres, non seulement, ils connaissent les onze nations, mais ils connaissent aussi les enjeux autochtones, ils sont impliqués et ils pensent à reconnaître et à faire participer des membres des communautés autochtones dans leurs projets. C’est là où ça nous aide vraiment, quand les gens pensent à nous, qu’ils parlent pour nous, d’une façon non pas dominante, mais d’une façon collaborative et ouverte, dans l’idée que ça n’a pas de bon sens que nous ayons passé les 500 dernières années sans nous parler. 

Juste la discussion, par exemple, autour des langues autochtones avec Samian. Une fois dépassées les premières réactions de panique morale autour du français, on a vu des organisateurs d’événement comme Les Francouvertes affirmer : « On va faire participer des artistes en langues autochtones et on va les reconnaître au même niveau que le français ». Avant, on avait l’impression de pagayer tout seuls, alors que maintenant, on a des gens qui se solidarisent et qui viennent pagayer avec nous. Les gens se rendent compte qu’on est déjà vulnérables et ils viennent se vulnérabiliser avec nous et ça, je dois dire que ça me fait du bien. Parfois, j’ai besoin de sentir que nous ne sommes pas tout seuls à porter le canot.  

Les gens seront de plus en plus nombreux jusqu’à ce qu’il n’y ait plus nécessairement d’Autochtones présents, mais que la lutte soit portée par la communauté allochtone. Sans avoir besoin de déterrer ton arrière-arrière-grand-père autochtone, tu le fais parce que c’est quelque chose d’humain à faire. Tu n’as rien à y gagner, tu n’auras pas de reconnaissance, tu ne brilleras pas plus, mais tu vas faire briller quelqu’un d’autre et ça, c’est ce qui me motive chaque jour, quand je rencontre ces gens et qu’ils me disent : « Merci de travailler avec nous. Merci de nous aider à déblayer le chemin et d’être Woke, d’être réveillée, d’être allumée avec nous et de te rendre compte de ce contre quoi on se bat ». C’est une des raisons de mon engagement auprès de la fondation David Suzuki. Sans environnement, sans territoire, il n’y en a pas de droits autochtones, il n’y a même pas de droits humains. La première chose qu’on perd quand on abandonne nos ressources, ce sont les droits humains. Protéger nos ressources et défendre nos droits, je vois ça comme une solution d’avenir et je trouve que ça va bénéficier à tout le monde, pas seulement aux communautés autochtones. 

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